Il y a un peu plus de deux semaines, le 17 novembre 2024 exactement, j’ai envoyé mon premier roman Quelqu’un d’autre que moi à une petite dizaine de maisons d’édition sélectionnées avec l’aide de Charlotte Milandri, responsable éditoriale à l’école Les Mots.
Pour en arriver là, j’ai parcouru un chemin sinueux qui a duré plus de cinq ans. J’ai dû persévérer malgré le sentiment de solitude, le sentiment d’être arrogante à vouloir écrire pour être publiée pendant que d’autres « travaillent sérieusement ». J’ai petit à petit réussi à dépasser ces empêchements intérieurs, ceux qu’on se ramage dès qu’on ose rêver. Malgré la trouille, la douleur aussi que ça fait d’être submergée par la peur de l’échec, de ne pas être capable, de n’être vouée qu’à se taire, j’ai continué à écrire. J’ai persisté dans mon intention, appelée par une volonté qui me dépassait, de sortir de moi ce qui était là, prêt à se dévoiler.
Convaincue que ce qu’on réussit dans la vie, on ne le réussit jamais seule mais aussi pour renforcer ma foi fragile en mon aptitude à écrire, j’ai cherché vaille que vaille du soutien et des outils.
Le soutien, j’ai cru d’abord devoir le trouver au sein d’institutions vouées à l’écriture en tentant d’intégrer le Master en écriture créative de la Cambre (Bruxelles) ainsi que la formation à l’écriture sérielle de l’Insas (Bruxelles). Tout était bon pour me donner confiance, des outils, une technique. Je cherchais le réseau, les encouragements, et surtout la validité ! Mais les places sont rares dans ce genre d’école et après avoir dépassé le premier tour de sélection, j’apprenais par un mail impersonnel que malheureusement je n’étais pas reprise. Il a fallu dépasser ça aussi, il a fallu dépasser le sentiment d’être condamnée à rester coincée à la marge, une croyance que je porte en moi depuis trop longtemps, celle de devoir être reconnue par les institutions pour avoir le droit de prendre la parole.
J’ai continué à écrire, et à chercher du soutien. J’ai suivi des ateliers d’écriture, j’y piochais ce dont j’avais besoin, des conseils, des outils, un retour sur mes textes, mais quelque chose continuait de me manquer, un truc que je cherchais sans le savoir, la permission d’écrire tout et comme je le sentais, écrire sans avoir peur.
La permission d’oser dire, je l’ai trouvée dans les livres. Lors d’ateliers d’écriture mais également en écoutant des Podcasts, des émissions littéraires, en parcourant les rayons des librairies et des bibliothèques, j’ai découvert des textes fabuleux où nombreux partagent leurs épreuves, leurs échecs. Rencontrer leurs histoires m’a aidée à persévérer. Petit à petit, j’ai appris à confier mes doutes sur l’entreprise que je menais, à mes plus proches, mon mari et mes amies, les vraies, celles capables d’écoute. Sans les gens qui m’ont soutenue, sans les gens qui ont cru en moi, et sans le regard avisé de Charlotte Milandri sur mon texte, jamais je ne serais parvenue à atteindre mon but, écrire mon roman, du début à la fin, réussir à tenir sur la durée, et mettre au monde ce qui vivait en moi.
Aujourd’hui, au bout de cette expérience, je peux dire sans complexe que je suis une écrivaine car j’ai écrit un premier texte, je suis allée jusqu’au bout et je veux passer ma vie à écrire. Quelque chose s’est libéré. Les doutes sont toujours bien présents mais j’ai appris que c’était ça aussi la force d’un écrivain, c’était parce qu’il doute qu’il écrit, parce qu’il cherche qu’il écrit, parce que c’est aussi sa seule manière de se sentir vivant qu’il écrit.
ATELIERS D’ÉCRITURE
Très vite, alors que je suivais des ateliers d’écriture, j’ai eu l’envie d’en donner moi aussi parce qu’étant moi-même en train d’expérimenter ce chemin, je voulais aider en apportant mon expérience, je voulais aider les gens comme moi qui cherchent des alliés. Je crois qu’il n’y pas de plus grande joie de contribuer à donner du sens à la vie, à nos rêves, et les voir éclore sur le papier.
Je me suis alors formée à l’animation en ateliers d’écriture et j’ai créé des ateliers très personnels que je voulais à l’image de ce que j’avais moi-même souhaité. Mes ateliers d’écriture sont dès lors dédiés à tous celles et ceux qui veulent appréhender leur fabrique d’écriture, faire confiance à leur processus singulier, déclencher leur créativité, oser dire et dépasser l’autocensure, trouver la forme pour le dire, et continuer à écrire quoiqu’il advienne.
Mon idéal
Le temps d’une vie, le passer à écrire et à lire, découvrir, rencontrer, imaginer, observer, ressentir, divaguer, sonder les mots pour le dire, roder autour, chercher, puiser dehors, à l’intérieur, tenter encore, et puis soudain, mettre le doigt dessus, tout s’éclaire, l’ordre s’extrait du chaos, une lumière s’allume. Le temps d’une vie, partager ce bout de chemin, écrire ensemble, écrire à quatre mains, écouter ce qui s’écrit, l’aiguiller, le soutenir, et faire jaillir sa vérité.
Pourquoi écrire ?
C’est étrange, c’est dès que j’arrête d’écrire, rattrapée par des choses que je crois plus urgentes, que je sais avec clarté pourquoi j’écris. Produire pour produire, faire ce qui doit être fait, n’est d’aucun soutien ni soulagement si cela implique de fuir ou de nier ce qui vibre en soi. Écrire m’est nécessaire. Sans l’écriture dans ma vie, je ne vis qu’à demi.
A chaque fois que le doute ou la perte de sens refont surface, je pars en quête de livres où puiser le réconfort nécessaire, je m’immerge dans les généreuses confidences d’auteurs qui ont écrit sur leurs difficultés, sur leurs incessants questionnements. Ne serait-ce peut-être pas là la réponse, écrire permet de réconforter ceux qui sont en perte de sens, ceux qui butent contre des murs de questions et désespèrent ?
Dans La foi d’un écrivain, Joyce Carol Oates se demande « Pourquoi écrivons-nous ? Pourquoi lisons-nous ? Pourquoi choisir la métaphore ? (…). et elle nous dit qu’ « Il faut se satisfaire d’admettre comme le fait Sigmud Freud (…) qu’il n’apparait pas clairement que la beauté apporte un profit, sa nécessité culturelle ne se laisse pas discerner et cependant, on ne saurait concevoir l’absence dans la culture. »[1]
Kae Tempest, de son côté, s’interroge sur le pouvoir de la lecture, « Est-ce que s’améliorer, ou s’impliquer davantage, dans la lecture d’un texte ou dans l’écoute d’une musique incite à s’améliorer ou s’impliquer davantage dans la lecture ou dans l’écoute des gens, du monde, de soi ? J’en ai la conviction. » [2]
Comme souvent, chaque texte est une tentative de toucher au vrai, à ce que l’on porte comme vérité en soi, et n’est-ce pas cela le sens de toute vie ?
[1] La foi d’un écrivain, Joyce Carol Oates, Editions Philippe Rey, fugues, 2004.
[2] Connexion, Kae Tempest, Editions de l’Olivier, Points, 2021.

